Je suis en train de lire avec beaucoup de plaisir le dernier livre de Mike Cosper, Recapturing the Wonder. Cosper a une sensibilité qui lui permet de relever les mécanismes culturels et cultuels de notre temps.

Au chapitre deux, il parle des sacrifices attachés à la religion moderne, ce qu’ils révèlent et le seul antidote.

Un autel moderne
Cosper commence par une anecdote. Il était assis dans un coffee shop, de ceux qui sont remplis de jeunes aux jeans skinny, arborant longues barbes et chemises de bucheron. Un jeune homme entre dans le café, un gros livre à la main, commande un latte et va s’asseoir. Commence alors un rituel durant lequel il prendra de nombreuses photos, jusqu’à capter la photo parfaite: un cadrage qui associe le livre et son latte et capte la lumière du café. Après plusieurs tentatives, il arrive à un résultat qui le satisfait et passe plusieurs minutes à l’éditer pour le poster en ligne. Il pose enfin le téléphone, boit son latte et ouvre son livre. Mais à peine après avoir lu deux pages, il le referme pour aller voir les réactions suscitées par la photo postée.

Nos sacrifices virtuels
« La religion est l’activité qui vise à apaiser les dieux » dit Mike Cosper. Avant, les sacrifices étaient offerts sur les autels en espérant qu’ils seraient agréés par ceux à qui on les offrait. Il continue:

De nos jours, nos sacrifices sont virtuels. Nous prenons des images. Nous écrivons quelques pensées. Nous les éditons, rognons et manipulons jusqu’à ce qu’elles soient parfaites – le meilleur spécimen que nous pouvons offrir – et nous les envoyons, à travers des médiateurs digitaux, à un panthéon de petits dieux qui attendent de juger notre travail. Si nous gagnons leur faveur, ils nous récompensent avec des likes, les mettent en favoris, les commentent ou les repostent. S’ils ne le font pas, le résultat peut être l’écho d’un silence douloureux – ou pire, nous pouvons encourir leur colère. (p. 35)
Notre besoin profond
Pour l’auteur, il est évident que la technologie fait écho à notre narcissisme. Mais le problème a des racines beaucoup plus profondes. Notre vrai problème, c’est notre besoin de toujours présenter la meilleure version de nous-mêmes. Et c’est là la promesse des réseaux sociaux: « la chance de pouvoir méticuleusement éditer et montrer la meilleure version de nous-mêmes au monde. » Nous voulons être beaux et aimables, en couvrant nos défauts.
Cosper relie ce besoin d’approbation à la dimension religieuse de l’homme:

Le désir d’approbation est spirituel et le comportement qu’il inspire est religieux. Le besoin de reconnaissance est au cœur de l’expérience humaine et couvre toute l’histoire de l’humanité. Derrière ce besoin d’approbation se cache le sentiment que quelque chose ne va pas avec nous et, plus profondément, que quelque chose ne va pas avec le monde. En essayant de résoudre notre propre déchéance, nous devenons religieux – que nous offrions des chèvres à des dieux-lézards ou des selfies à nos followers Instagram. (p. 39)
Depuis la nuit des temps, les humains cherchent à s’améliorer, à s’autoperfectionner ou à se sauver eux-mêmes.

La seule solution
Augustin l’a bien dit: « Tu nous as fait pour Toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi. » Cosper développe:

Nous aspirons à Dieu. Nous aspirons à notre maison, à une vie vécue, soufflée et mue en Lui. La religion est née comme un substitut à cette vie, un chemin indépendant vers la transcendance. Mais il échoue et a toujours échoué. (p. 44)
L’auteur de conclure:

Nous n’avons pas besoin de nous améliorer: nous avons besoin de rentrer à la maison. L’alternative à la religion désenchantée du paraître – une vie passée à chercher l’approbation dans le miroir de ce monde – est de trouver notre repos en Jésus.
Un examen
L’exemple cité au début de ce texte peut prêter à sourire, mais il est le symptôme d’un mal bien répandu. Bien souvent, nous cherchons l’approbation ailleurs qu’aux yeux de Dieu. Nous essayons de plaire à ceux qui nous entourent et fondons notre valeur sur la manière dont ils réagissent à nos « sacrifices virtuels. »
Quelle joie et quelle libération de savoir que le sacrifice parfait a déjà été offert! Notre approbation repose en lui, notre victime propitiatoire (Rm 3.25).
M.GIRALT

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